Mercredi 29 juillet 2009
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RAYMONDE LE TEXIER sénateur socialiste, JEAN-PIERRE CAFFET sénateur socialiste, ANNIE JARRAUD-VERGNOLLE vice-présidentes de la commission des affaires sociales
du Sénat, BARIZA KHIARI sénateur socialiste, CHRISTIANE DEMONTES,
nous alertent sur la façon dont au travers de la question du travail dominical, c'est de sa généralisation dont il est bien question. Ils pointent qu'au delà de la régression observée pour les
salariés sans compensation sur le plan économique cela pourrait avoir des effets désastreux sur l'emploi
et sa répartition dans le secteur marchand. Sans compter les effets sur la vie sociale et les
temps de transmission entre génération comme entre les personnes qui pour immatériels qu'ils sont, participent de tisser les liens sociaux et culturels que le travail ne peut mettre à lui
seul en oeuvre :
« La loi, ce n’est pas que de grandes déclarations. C’est souvent dans le fourbi d’obscures dispositions, dans le micmac des formulations administratives, que nos vies sont
changées de fond en comble. Le diable se cache dans les détails. Le texte sur le travail le dimanche en est une nouvelle preuve. Cette proposition de loi, votée à une courte majorité mercredi
dernier à l’Assemblée nationale, et que le Sénat examine à partir d’aujourd’hui, n’est en rien un simple toilettage technique des dérogations autorisant le travail le dimanche. Aussi, nous
souhaitons faire notre travail de parlementaires et expliquer de quoi il retourne exactement. Tous les salariés, de tous les commerces, de toutes les villes dites «d’intérêt touristique», sur
tout le territoire, devront travailler le dimanche. Dans ces communes, le travail dominical sera de droit. La notion juridique de «commune d’intérêt touristique» est une improvisation de dernière
minute sans définition claire. En l’état, il est impossible de savoir si ces villes seront plutôt 500, ou 6 000. Toutefois, la France étant la première destination touristique au monde, il
semblerait logique qu’on se rapproche de l’estimation haute. Et, quel que soit le nombre de ces communes, toutes les grandes villes de France seront concernées, donc la majorité des Français.
Dans la capitale elle-même, alors que la création de «zones touristiques d’affluence exceptionnelle» était soumise à l’approbation des élus locaux, désormais ce sera le préfet qui décidera seul
en lieu et place des élus, remettant ainsi en cause leur légitimité démocratique. Alors, oui, on peut dire sans exagérer que cette loi généralise le travail le dimanche. Pire, contrairement aux
idées reçues et aux affirmations gouvernementales, pour tous ces travailleurs du dimanche, il n’y aura ni doublement du salaire, ni jour de repos compensateur. Seuls les salariés des grands
centres commerciaux autour de Paris, Lille et Marseille (dans les périmètres urbain de consommation exceptionnelle), et ceux qui ne travaillent que cinq dimanches par an, pourront bénéficier de
contreparties. Car c’est bien la finalité de cette banalisation du travail le dimanche : fournir de la main-d’œuvre pas chère, imposer de «travailler plus pour gagner moins». Faire ainsi que le
dimanche devienne un jour de travail comme les autres. Enfin, comment croire que les salariés auront le choix ? Dans les communes «d’intérêt touristique», le travail dominical deviendra de droit,
soumis à la volonté de l’employeur. Dans les autres communes, le principe affirmé du volontariat ne résistera pas aux faits. En pleine crise, avec 2,5 millions de chômeurs, les salariés
pourront-ils vraiment refuser de travailler le dimanche quand on le leur demandera ? Dans la «vraie vie», nous savons bien que ça ne se passe pas comme ça. Face à cette réalité, monsieur Darcos,
ministre des Affaires sociales en service très commandé, ose nous parler d’un texte de «bon sens» où «tout a été fait pour que les salariés soient protégés» ! Ce gouvernement justifie la
systématisation du travail dominical par la croissance et l’emploi. Cet argument ne résiste pas aux études socio-économiques qui démontrent toutes qu’il n’y aura pas d’augmentation, mais
seulement un transfert d’activité. Au lieu de consommer la semaine ou le samedi, on consommera le dimanche. Ni plus, ni moins… mais pas au même endroit. Les commerces de proximité, les marchés,
tout ce qui fait la vie de nos centres-villes, seront délaissés au profit des grands complexes commerciaux de périphérie. D’ailleurs, une soixantaine de députés de la majorité ont estimé que pour
«un emploi créé dans la grande distribution, on en détruit trois dans le commerce au détail». On aura donc moins d’activité et moins d’emplois. Mais au-delà de ces considérations, conscient des
risques politiques, le gouvernement choisi d’ignorer complètement la principale question induite par cette loi, à savoir : dans quelle société voulons-nous vivre ? Que l’on soit de droite ou de
gauche, jeune ou vieux, riche ou pauvre, croyant ou athée, vivant en couple ou célibataire, la famille, les amis, les loisirs, les activités culturelles, l’engagement associatif, l’épanouissement
personnel, le lien social, la transmission entre les générations… le dimanche, c’est d’abord ça ! Ce sont des pans entiers, non matériels, de notre façon de vivre, collectivement et
individuellement, qui reposent largement sur ce temps disponible que nous offre le dimanche. Le dimanche, c’est ce que les Français ont en commun. Et, c’est précisément parce qu’il est commun au
plus grand nombre que c’est le moment où les Français peuvent se rencontrer. Priver les Français de ce «moment commun», c’est organiser sciemment le délitement de notre société dans son ensemble
et de la cellule familiale en particulier. (...) »
L’avenir de ce «moment commun» dans la société -qui pourrait ne pas être le dimanche si cela n'était pas aussi partagé à
l'échelle du continent européen- et ne reviendrait pas plus avant sur la règle d'un repos hebdomadaire de deux jours consécutifs, conserverait en lieu et place d'un espace continu pour la seule
consommation, un espace pour le retour sur soi et les siens (avec nos ainés par exemple), un espace de reconstruction, de culture, d'éducation et d'échange possible avec tous et entre tous les
membres d'une famille, d'un cercle d'amis, d'un collectif d'amis, d'un collectif tout court... Au lieu, par pure idéologie, de participer de la destruction du lien social déjà suffisamment
atteint pour constituer un trouble conséquent dans les esprits et l'éducation des plus jeunes, un trouble conséquent dans la société elle-même engendrant parfois jusqu'au trouble de l'ordre
public lui-même, le gouvernement ferait mieux de s'attacher à rétablir la sécurité des personnes et à circonvenir par un accompagnement sérieux et lucide, le délitement du lien social qui n'est
pas sans corrélation avec la désaffection inquiétante de nos concitoyens du suffrage universel et donc à terme du fait démocratique !
Mis en perspective par Jérôme Lucchini Conseiller municipal