Face à une UMP sans projet clair, un Modem faisant de l'anti-sarkozysme son principal cheval de bataille et des listes d'ultra-gauche réduites à la protestation, le PS peut se targuer
d'être l'unique formation politique à se présenter aux électeurs avec un projet politique de dimension transnationale. Par contraste, l'UMP, dont l'électorat affichait pourtant une
unité impressionnante lors du référendum de 2005, se place dans une perspective hexagonale en axant sa campagne sur la fidélité au leadership personnel exercé par Nicolas Sarkozy — donc sur
l'influence de la France à Bruxelles — durant la présidence française de l'UE.
En adoptant leur «manifeste» électoral, les 27 formations sociales-démocrates ont effectué un pas en avant important et une contribution utile à la formation d'un
espace public européen. Le projet contient tout d'abord un «plan de relance» alternatif à celui concocté par la Commission européenne, qui s'est bornée à agréger les initiatives nationales. Il
formule ensuite une série de propositions dans tous les domaines de compétence de l'Union européenne - certaines timides ou floues, reflet du consensus difficile face à la diversité interne de
la social-démocratie européenne; d'autres au contraire audacieuses, comme celles qui concernent le renforcement de la régulation financière, le projet d'une directive-cadre protégeant les
services publics, un «accord européen pour les salaires» conçu comme le prélude à un salaire minimum commun, ou un vaste plan d'investissement dans «l'économie verte».
Réunir un consensus sur de telles propositions était tout sauf évident et n'a été possible que grâce aux efforts de longue haleine du président du Parti des socialistes européens, l'ancien
Premier ministre danois Poul Nyrup
Rasmussen, et de l'Allemand Martin
Schulz, emblématique président du groupe
parlementaire.
Dans cette tentative d'européaniser le débat, ce sont les autres formations politiques qui apparaissent en retrait: les positions actuelles du Modem l'éloignent de plus en plus de ses alliés
libéraux ; les Verts affichent une ligne résolument européiste mais leur poids politique est faible, à l'exception quelques Etats membres; la «gauche de la gauche» oppose un front du refus à
l'Europe actuelle sans autre perspective que la défense de l'Etat providence national; enfin, les conservateurs du Parti populaire européen, qui dominent le Parlement et la Commission,
préfèrent s'en tenir à leurs perspectives nationales respectives faute d'un bilan à mettre en valeur auprès des électeurs.
En fonction du nombre de députés qu'ils enverront à Strasbourg, les socialistes pourraient bloquer la reconduction de José Manuel Barroso, surtout en
cas de ratification du traité de Lisbonne, qui prévoit son élection par la majorité absolue des membres du Parlement et non une simple confirmation à la majorité relative des présents.
Ils pourraient surtout — Barroso ou pas Barroso — exiger de la future Commission en préalable à son investiture qu'elle infléchisse sa position et applique une
partie de ses propositions, par exemple dans les domaines des droits sociaux, de l'environnement ou de la préservation des services publics. La dernière législature a montré que le Parlement
européen, loin d'être une chambre d'enregistrement des projets de la Commission européenne et un relais des positions des gouvernements, était parfois capable d'exercer une influence décisive
sur des sujets majeurs, comme l'adoption du règlement REACH sur le contrôle des substances chimiques ou la modification de la fameuse
directive
«Bolkestein».