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conseiller général du Val d'Oise, conseiller municipal de Sannois
Dans un débat sur l'identité nationale déjà bien nourri de dérapages voilà le ministre UMP, Christian Estrosi convoquant l'Allemagne nazie comme justificatif au nom d'une vision simpliste et scandaleuse de cette histoire. Le nazisme et l'antisémitisme s'inscrivent dans une histoire de la longue durée. Ce n’est pas l’absence de débat sur l’identité nationale qui en fut cause comme le suggère avec une légèreté aussi ignorante que scandaleuse Christian Estrosi. On peut dire, au contraire, que la cristallisation sur ce débat fut un des symptômes les plus visibles de la crise européenne qui mena depuis le début du 19 ème siècle jusquà la seconde guerre mondiale en passant par la grande guerre (14-18) à l’horreur nazie.
De multiples facteurs ont conduit l’Allemagne de la République de Weimar à la prise du pouvoir par Hitler en 1933 :
La défaite de 1918 et le Traité de Versailles qui infligeait au vaincu des « réparations » astronomiques et une intense humiliation . Les communistes allemand qui, ne pardonnant pas aux socio-démocrates leur participation à la répression sanglante de la révolution spartakiste de novembre 1918, contribuèrent à désunir la gauche au delà de toute raison et contre le fascisme. L’inflation de 1923, ruine les rentiers et les retraités. La misère qui accable les milieux populaires. La dépression de 1929 avec un taux de chômage hors norme - entre 1929 et l’hiver 1931-32 le nombre de chômeurs passa de 2 millions à 6 millions- tout cela offre à Hitler le terreau des frustrations des Allemands pour asseoir sa popularité et celle de sa démagogie.
La xénophobie et le racisme dans les pays européens dont l’allemagne ne datent pas du vingtième siècle, ni du nazisme, monsieur Estrosi !
Les racines du nationalisme allemand qui fondent le «pangerrmanisme» remontent au début des années 1800 et aux guerres napoléoniennes. Le désir de la «Grande Allemagne» est hérité de la nostalgie de l’unité politique de l’ancien « Saint Empire romain germanique », de l’Empire de Charlemagne, fondé en 962 par Othon 1er et dissous en 1806 alors qu’il ne rassemblait pas encore la totalité des Etats de langue allemande. La Prusse par exemple – Depuis la Réforme, cette région du monde vit dans un éclaté, dans une multiplicité de petits Etats, ceux des princes protestants et ceux qui se réfèrent encore à Rome. C’est donc aussi une histoire de rivalité entre religions et entre états qui y sont associés qui origine ce nationalisme exacerbé au coeur des identités nationales ...
La Prusse de Guillaume 1er avec Bismark, réalise l’unité allemande – après la victoire de Sadowa (3 juillet 1866) sur les Autrichiens et les princes allemands qui l’ont soutenue. Mais cette unité est bien imparfaite aux yeux des partisans de la "Grande Allemagne". La Confédération de l’Allemagne du Nord en 1867 ne devient l’Empire Allemand qu’ en 1871.
La revendication des territoires germanophones – comme les Sudètes et la Prusse Occidentale, séparée de l’Allemagne par le tritement célèbre « couloir de Dantzig », après le Congrès de Versailles de 1919 - commence vers la fin des années 1890 et est seulement reprise par Hitler.
L’antisémitisme allemand – et plus largement occidental ou slaves avec les pogroms – ne date nullement du vingtième siècle ni même du dix-neuvième. C’est depuis le onzième siècle avec les Croisades, que prêche par Pierre L’Hermite (1096) ou Bernard de Clairvaux en 1146 à Vézelay. Les pèlerins surexcités et lancés de manière souvent désordonnée sur les routes aussi bien de France que d’Allemagne commettent sur leur passage des massacres de juifs accusés d'être déicide. Idée encore enseignée dans le cathéchisme d'avant guerre, c'est dire la rare longévité de cet endoctrinement.
Dans l’Allemagne médiévale la tradition carolingienne théoriquement les protège et pourtant ils sont victimes de persécutions ( Worms en 1096) . L’antijudaïsme médiéval est incompréhensible hors de son contexte religieux. Aussi bien dans le monde chrétien que musulman, selon les époques les juifs sont tolérés et protégés ou persécutés.
Quoiqu’il en soit ils sont en marge du système féodal, exclus de la propriété du sol et des corporations, ils ont donc pour activité le commerce et les activités interdites aux chrétiens qu’aux musulmans : le prêt sur gage, l’usure ou la vente à crédit. Ces activités impopulaires au plus grand nombre, indispensables à la société économique sont requises par les Rois de France auprès des financiers juifs ou lombards depuis la nuit des temps…puis ces mêmes rois trouvent prétexte à les persécuter ...pour ne pas rembourser la dette tout simplement.
Juifs et musulmans d’Espagne et du Portugal furent sommés après 1492 de se convertir à la religion catholique. Ceux qui restent, acceptent de se convertir – au moins en apparence – les « Marannes » sont la cible de l’Inquisition : accusés de continuer à pratiquer leur religion en secret, ils sont nombreux à monter alors sur le bûcher comme plus tard les protestants seront persécutés.
En 1891 est fondée la Ligue pangermaniste (reliée à la tradition antisémite et refondatrice de l’ antisémitisme moderne). Cette ligue fédère de nombreux industriels qui soutiennent financièrement Hitler. Elle agrège des élites militaires, des universitaires et des intellectuels qui ne sont pas tous antisémites. En France c’est l’Affaire Dreyfus (1894-1906). Les idées racistes propèrent en Allemagne, autour de la “« Gobineau-Vereinigung »” qui déclare le droit absolu à l’expansion des peuples « porteurs de culture ». Joseph Gobineau diplomate, érudit et philosophe français expose ses thèses racistes dans son «Essai sur l’inégalité des races» où il soutient notamment la supériorité intellectuelle et morale de la race indo-européenne (aryenne) à l’origine de toutes les grandes civilisations et l’affaiblissement de la civilisation et de la race par les métissages. Thèses transposées tout simplement par Hitler dans Mein Kampf.
C’est aussi la période de «l’eugénisme» - la purification de la race – prôné par un autre Français, Alexis Carrel (1873-1944), Prix Nobel de Médecine (1912) eugéniste et président de la très pétainiste « Fondation française pour l’étude des problèmes humains » . Il envoyait son équipe «Biologie de la lignée» enquêter sur la «qualité biologique» des familles immigrées de Paris et de sa banlieue à l’époque même où s’organisait la déportation à Drancy et qu’il appartenait au Parti populaire français – pro-nazi – fondé en 1936 par l’ex-militant et député communiste Jacques Doriot.
Un récent article du Monde Sur le site d’Eric Besson : le pire du débat sur l’identité nationale nous interpelle car venu des profondeurs de l’histoire coloniale mal digérée de tout côté, une islamophobie et un sentiment de haine se répondent de façon dangereuse pour l’identité républicaine amplifié par ce débat mal préparé et introduit par une funeste confusion entre “identité” et “appartenance” (comme dans ministère de l’identité nationale et de l’immigration) confusion à l’origine comme le démontre le philosophe Michel Serres du racisme le plus ordinaire.
Depuis 1975 – première crise économique d’envergure depuis la Libération - les travailleurs étrangers sont les parfaits boucs émissaires. L’immigration est rendue responsable du chômage de masse par la propagande lepéniste – c’est son fond de commerce ! L’ encore récente brûlure des guerres d’indépendances d’Afrique du Nord trouve un terreau nouveau avec le choc pétrolier et l’abondance de cette ressource et la prise de conscience du pouvoir économique qui en découle au proche et au moyen orient éclaire assez ce revirement de bouc émissaire. Aujourd’hui il permet en plus de faire oublier : les délocalisations « boursières » et la casse systématique de l’industrie par le mouvement de globalisation ultra-libéral au mépris des nations et des peuples par un capitalisme sans limites qui se croit tout puisssant suite à la chute du bloc soviétique et qui par ses actions de néo-colonialisme n’ a pas hésité à exacerber les rivalités ethniques et religieuses, prenant une part active dans la création du terrorisme qu’il se doit de contenir à présent. Il n'est de système qui ne soit bon sans régulation du suffrage universel et de ses représentants, c'est pourquoi si l'économie de marché est un moyen pour l"humanité, la société de marché en est un dérivé dogmatique et sectaire qui représente un danger pour les libertés et la démocratie.
C’est sans nul doute pour cacher cette réalité et détourner l’attention des Français avant les élections régionales qu’Eric Besson et Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle ont ouvert ce débat, l’un au service d’une tactique électorale à courte vue, l’autre au service d’une stratégie idéologique de fond populiste d’absorption de l’extrême droite et révélant une confusion inquiétante entre économie et société de marché entre le moyen et l'idéologie obtuse qui en découle.
Nos compatriotes en mal d’identité se déchaînent sur le site officiel du débat du gouvernement. Qu’ont-ils de différents d’avec les antisémites de l’Entre-deux-guerres et de l’Occupation, ceux qui définissent l’identité nationale par le « droit du sang » : être né sur le sol français de parents français (le plus exigeant demandant que l’on remonte jusqu’à 5 générations (sic) ) ? Qui sont ces français qui ignorent l’identité nationale de notre droit, le « droit du sol »: être né simplement sur le territoire français, droit qui remonte à 1515 et au François 1er de la bataille de Marignan . Leur différence ? Ils ne peuvent ignorer que le que produit ce qu’ils disent ont été le génocide industrialisé de millions de personnes !
Comment Christian Estrosi peut-il être assez ignorant ou provocateur pour penser qu’un débat sur l’identité nationale aurait enrayé l’ascension d’Hitler ? Va-t-on maintenant aller aussi chasser sur les terres des "révisionnistes" ? Car réduire tous les facteurs de la montée du nazisme comme de la barbarie nazie à la tenue ou non d’un débat sur l’identité nationale c’est faire peu de cas de ce processus historique qui interroge la culture européenne sur plusieurs siècles et est à l’origine de la plus grande barbarie industrialisée contre l’humanité et produite à ce jour... Et cela est tout simplement SCANDALEUX !
Car c’est avoir peu de respect pour un certain nombre de protestants, une partie de l’aristocratie, de l’intelligentsia allemande, de syndicalistes et des éléments résistants de ce peuple que ces méthodes et ce discours révulsaient. Face à une population trop largement et méthodiquement fanatisée, ils ont été souvent les premières victimes du régime nazi, ils remplirent les premiers camps de concentration allemand et nombre d’entre eux y sont morts.
Parmi eux le pasteur allemand Martin Niemöller qui connaîtra l’enfermement dans les camps nazis écrivait : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, car je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, car je n’étais pas juif. Et quand ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester » !
Heureusement qu'ici ou là s'élève des voix plus sage à droite dans la tradition de la France libre, comme Etienne Pinte, pour signaler ces dérives
populistes et mettre en cause le renvoie de jeunes Afghan dans leur pays en guerre.
Churchill a-t-il renvoyé de Gaulle et les français réfugiés en Angleterre en France parce qu'ils n'étaient pas assez patriotes et même combien de français au bout du compte sous
l'occupation de notre territoire et sous la loi des pelotons d'exécutions ce sont engagés personnellement dans la résistance ? Ces choix là messieurs relèvent de la conscience de chacun et
parler calmement après un bon repas -depuis un pays en paix d'où vous ne risquez que l'excès de cholestérol- parler de désertion d'un pays en guerre pour justifier le déni du droit d'asile est
tout simplement indigne, tout aussi ignorant de l'histoire et scandaleux !
Synthèse de plusieurs articles parus depuis le début de ce débat, dont l’excellent article de “Lait de beu” blogueuse associée à “Marianne” par J. Lucchini .
Publié le 14/12/2009 à 01h10 dans Politique